727 : comme le nombre de têtes de bassin versant délimitées sur le périmètre du SAGE Sèvre niortaise-Marais poitevin. C’est le résultat obtenu à l’issue d’un travail de délimitation et de caractérisation de ces espaces situés à l’amont des cours d’eau mené par la commission locale de l’eau du SAGE SNMP, et ses partenaires locaux, au cours de ces dernières années.
Un bassin hétérogène
Deux contextes géologiques bien distincts sont présents sur ce territoire : une zone dite « de socle » à la géologie cristalline et une zone dite « de plaine sédimentaire » à la géologie calcaire. Ces différences de propriétés physiques se traduisent aussi par des têtes de bassin aux caractéristiques sensiblement différentes : plus petites, plus effilées et plus nombreuses sur la zone de « socle » (468 têtes de bassin versant), beaucoup plus importantes, plus larges et plus espacées sur la zone sédimentaire (259 têtes de bassin versant).
En occupant une surface prépondérante de nos territoires (presque 65 % du périmètre du SAGE SNMP, si l’on exclut la superficie du Marais poitevin qui par définition n’est pas concerné par cette thématique), les têtes de bassin versant sont au cœur des stratégies de préservation et de reconquête de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques engagées par les partenaires travaillant sur ces thématiques.
Une tête de Bassin Versant c’est quoi ?
Tous les cours d’eau peuvent être découpés en petits segments que l’on numérote : cette numérotation (rang de Strahler) commence au rang n°1 à leurs sources pour augmenter au fur et à mesure que l’on descend vers l’aval en croisant d’autres cours d’eau (cf. schéma ci-dessous).
Figure 1 : Rang de Strahler et exemple de TBV - Source : Environmental Protection Agency, 2009 - EPTBSN 2018.
Le Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Loire-Bretagne définit les têtes de bassin versant comme « les bassins versants des cours d'eau dont le rang de Strahler est inférieur ou égal à 2.
Les têtes de bassin versant s'imposent aujourd'hui comme un compartiment fondamental : en effet, leurs fonctionnalités et leur importante couverture spatiale à l'échelle des grands bassins versants contribuent fortement à la qualité des milieux aquatiques et rivulaires ainsi qu'aux équilibres écologiques.
Quel est l’intérêt des têtes de Bassin Versant ?
Les trois principales fonctions exercées par les têtes de bassin versant sont les suivantes :
- Les fonctions hydrologiques, telles que le soutien d’étiage ou l’écrêtement des crues, sont assurées par les zones humides et les sources situées en tête de bassin versant ;
- Les fonctions écologiques, puisque les têtes de bassin versant représentent une mosaïque de milieux variés tels que les forêts, les marais, les prairies agricoles, les bocages… Il est naturel que ces espaces à multiples facettes concentrent une biodiversité importante et participent activement au maillage de la trame verte et bleue ;
- Les fonctions physico-chimiques, de nombreuses études montrant que des éléments naturels présents au sein de ces paysages (prairies, haies, zones humides et hydromorphes, ripisylves, etc …) contribuent à absorber une grande quantité de nutriments (nitrates notamment), polluants et gaz à effet de serre.
Additionnées les unes aux autres, l’effet cumulatif de ces nombreuses têtes de bassin versant joue un rôle stratégique pour la gestion de l’eau ainsi que celle des milieux aquatiques et humides.
Des secteurs soumis à de fortes perturbations
Les têtes de bassin versant sont cependant des espaces très sensibles aux perturbations. Les principales sont d’origines anthropiques et se classent en différentes catégories :
- Les perturbations liées à la dégradation et la destruction des zones humides, milieux caractéristiques des têtes de bassin versant ;
- Les perturbations liées à la sylviculture peuvent entraîner des conséquences néfastes pour les têtes de bassin versant. En effet, l’implantation d’essences inadaptées mais aussi le drainage fragilise le bon état de ces territoires ;
- Les perturbations liées aux pratiques agricoles. L’intensification des pratiques agricoles et le remembrement des années 1960-1970 a provoqué la diminution des haies bocagères, l’augmentation des grandes parcelles et du drainage. Le piétinement des animaux dans les petits cours d’eau des têtes de bassin versant est un autre facteur dégradant les têtes de bassin versant ;
- Les perturbations liées au recalibrage des cours d’eau constituent une autre altération. Les cours d’eau des têtes de bassin versant étant de petites tailles, il s’agit d’un obstacle facilement contournable qui peut donc être déplacé, chenalisé ou enterré ;
- La création de plans d’eau peut aussi avoir un impact sur la fonctionnalité des têtes de bassin versant ;
- L’altération de la continuité écologique engendre des obstacles à l’écoulement des charges solides et liquides du cours d’eau. Ces obstacles à l’écoulement provoquent de nombreuses dégradations physiques et morphologiques d’un cours d’eau. Ainsi, nombre de cours d’eau ont vu leur profil en long modifiés au fil du temps ;
- L’urbanisation, que ce soit pour de l’habitat ou pour le développement des activités économiques ou industrielles, peut agir sur le niveau fonctionnel des têtes de bassin versant.
Au vu des intérêts importants des têtes de bassin versant pour l’atteinte du bon état écologique des masses d’eau et les menaces qui pèsent sur ces territoires, une étude de délimitation, caractérisation et hiérarchisation des têtes de bassin versant a été lancée en 2020 par l’IIBSN.
Une démarche construite avec les acteurs du territoire
La délimitation des têtes de Bassin Versant
La partie délimitation a pour but de localiser les têtes de bassin versant d’un territoire avec la méthode définie par le SDAGE et citée précédemment (à l’aide des rangs 1 et 2 de Strahler).
La partie de cours d’eau la plus proche de la source se voit attribuer le rang n°1. Après la première confluence, le cours d’eau sera classé comme de rang n°2, et ainsi de suite (à chaque confluence) en allant vers l’aval.
Ensuite, les têtes de bassin versant sont délimitées à l’aide d’un outil informatique appelé « modèle numérique de terrain ou MNT » qui permet de tracer les lignes de crête des territoires situés à l’amont des points de confluence des cours d’eau de rangs 1 ou 2 de Strahler.
Etapes de la délimitation des têtes de bassin versant (méthode EPTB Sèvre nantaise)
Cette délimitation est la première étape et permet lancer l’étape de caractérisation de ces têtes de bassin versant.
La caractérisation des têtes de Bassin Versant
La caractérisation a ensuite comme objectif d’obtenir une « carte d’identité » des têtes de bassin versant délimitées lors de la première étape. Pour cela, 10 indicateurs de sensibilité et 15 indicateurs de pression ont été sélectionnés :
La notion de sensibilité fait référence à la résilience d’un territoire, cette dernière notion renvoyant en l’occurrence à sa capacité à répondre et réagir à des facteurs de dégradation. A titre d’illustration, on peut citer l’exemple d’un cours d’eau dont la dynamique hydraulique est faible (plaine, marais, fond de vallée…) qui possèdera une moindre capacité d’auto-restauration qu’un cours d’eau dynamique dont les capacités d’érosion ou d’agglomération de sédiments sont élevées. Ces paramètres sont indépendants de toute action humaine ;
Les indices de pressions sont liés à aux paramètres d’occupation du sol et aux impacts « positifs » ou « négatifs » attendus de chacun d’entre eux pour l'objectif recherché. Contrairement aux précédents indicateurs, il est généralement possible d'avoir une action humaine sur ces paramètres.
A titre d’exemple, les indicateurs de sensibilité peuvent être rangés dans 4 catégories représentées ci-dessous. Indicateurs de pression retenus dans le cadre de l'étude
Cette étape de caractérisation est primordiale pour dresser un aperçu de l’état des différentes têtes de bassin versant du territoire. Elle est aussi impérative pour l’étape de hiérarchisation.
La hiérarchisation des têtes de Bassin Versant
La hiérarchisation consiste à assembler les différents indicateurs à l’aide d’une pondération préalablement définies en fonction des enjeux poursuivis (appelés scénarii). Dans cette étude, ces scenarii sont au nombre de trois : Qualité de l’Eau (QE), Qualité des milieux (QM) et Quantité de l’eau (QTE).
En raison de l’existence sur le territoire de deux contextes géologiques bien distincts (avec des propriétés physiques aussi sensiblement différentes), et pour la poursuite du travail, il a aussi été choisi par ailleurs de les dissocier de manière à mieux prendre en compte les enjeux de chacun de ces secteurs : on retrouve ainsi dans l’analyse la zone de socle (géologie cristalline) et la zone de plaine sédimentaire (géologie calcaire).
Cette étape de hiérarchisation permet d’attribuer une note de vulnérabilité, issue du croisement entre les indicateurs de sensibilité et les indicateurs de pression. Cette note de vulnérabilité permet de traduire le niveau d’effort à fournir pour l’atteinte du bon état écologique de la tête de bassin versant considérée.
Chacune de ces têtes de bassin versant sont aussi positionnées, pour chacun des critères d’analyse, par rapport à la note moyenne obtenue par l’ensemble des têtes de bassin versant situées dans un même contexte géologique : ce travail permet de comprendre sur quels paramètres la tête de bassin versant considérée reste la plus défaillante et sur lesquels il paraît utile de travailler.
Note de vulnérabilité, attribué à l’issue du croisement entre les indicateurs de pression et les indicateurs de sensibilité
Les suites à donner
La CLE Sèvre niortaise - Marais poitevin s’est prononcée favorablement sur les étapes de délimitation, de caractérisation et de hiérarchisation des têtes de bassin versant en 2025.
En 2026, le travail va se poursuivre avec la priorisation des têtes de bassin versant et l’identification de principes d’actions.
Il est à noter que la communauté d’agglomération de la Rochelle, qui vient de rejoindre le périmètre du SAGE Sèvre niortaise-Marais poitevin, a déjà effectué le travail d’identification des têtes de bassins versants de son territoire en 2024 selon la même méthodologie que celle employée par le SAGE.